Comparer les technologies de lignes haute tension (aériennes vs souterraines)
Contexte : Un Choix Stratégique pour le Territoire
Le renforcement d'un réseau électrique passe souvent par la construction de nouvelles lignes. Une décision cruciale se pose alors : faut-il opter pour une ligne aérienne, supportée par des pylônes, ou une ligne souterraine, enfouie dans le sol ? Ce choix n'est pas anodin et résulte d'un arbitrage complexe entre des contraintes techniques, économiques, environnementales et sociétales. La ligne aérienne est généralement moins chère à construire mais a un impact visuel fort. La ligne souterraine est discrète mais beaucoup plus coûteuse et présente des caractéristiques électriques très différentes, notamment une capacitéCapacité d'un composant à stocker de l'énergie sous forme de champ électrique. Une ligne électrique se comporte comme un condensateur géant. Cette capacité est beaucoup plus élevée pour un câble souterrain que pour une ligne aérienne. beaucoup plus élevée. Cet exercice propose de comparer ces deux solutions pour un même projet.
Remarque Pédagogique : Il n'y a pas de "meilleure" solution dans l'absolu. Le choix dépend du contexte : en zone rurale dégagée, l'aérien est souvent privilégié pour des raisons de coût. En zone urbaine dense ou dans des sites protégés, le souterrain devient une nécessité malgré son prix. Comprendre les chiffres derrière ces deux options est la première étape d'une décision éclairée.
Objectifs Pédagogiques
- Calculer le courant nominal d'une ligne HTA triphasée.
- Comparer le coût d'investissement de deux technologies différentes.
- Calculer et comprendre l'impact de la puissance capacitive générée par une ligne.
- Calculer et comparer les pertes par effet Joule des deux solutions.
- Analyser un compromis technico-économique.
Données de l'étude
Projet de Liaison 63 kV
Caractéristique | Solution Aérienne | Solution Souterraine |
---|---|---|
Coût d'investissement | 300 000 €/km | 1 500 000 €/km |
Résistance linéique (R) | 0.11 Ω/km | 0.09 Ω/km |
Capacité linéique (C) | 10 nF/km | 250 nF/km |
- Tension nominale entre phases : \(U = 63 \, \text{kV} = 63000 \, \text{V}\)
- Puissance apparente transitée : \(S = 50 \, \text{MVA} = 50 \times 10^6 \, \text{VA}\)
- Longueur de la ligne : \(L = 15 \, \text{km}\)
- Fréquence du réseau : \(f = 50 \, \text{Hz}\)
Questions à traiter
- Calculez le courant nominal (\(I\)) qui parcourra la ligne.
- Calculez le coût d'investissement total pour chaque solution (aérienne et souterraine).
- Calculez la puissance réactive capacitive (\(Q_C\)) générée par chaque type de ligne. Que constatez-vous ?
- Calculez les pertes actives par effet Joule (\(P_J\)) pour chaque solution.
Correction : Comparer les technologies de lignes haute tension
Question 1 : Calcul du Courant Nominal
Principe :
Le courant nominal est le courant qui circule dans la ligne lorsque celle-ci transporte sa puissance maximale. Pour un système triphasé équilibré, le courant se calcule à partir de la puissance apparente (S) et de la tension composée (U).
Remarque Pédagogique :
Point Clé : La présence du facteur \(\sqrt{3}\) est fondamentale dans les calculs en triphasé. Il provient de la relation entre les tensions simples (phase-neutre) et composées (phase-phase). Oublier ce facteur est une erreur très courante qui fausse tous les résultats suivants.
Formule(s) utilisée(s) :
Donnée(s) :
- \(S = 50 \times 10^6 \, \text{VA}\)
- \(U = 63000 \, \text{V}\)
Calcul(s) :
Points de vigilance :
Unités du Système International : Pour être certain de ne pas se tromper, il est toujours plus sûr de convertir toutes les grandeurs en unités de base du SI avant le calcul : la puissance S en Voltampères (VA) et la tension U en Volts (V). Le résultat pour le courant I sera alors directement en Ampères (A).
Le saviez-vous ?
Question 2 : Coût d'Investissement Total
Principe :
Le coût total d'investissement est obtenu simplement en multipliant le coût linéique (coût par kilomètre) de chaque technologie par la longueur totale de la liaison à construire.
Remarque Pédagogique :
Point Clé : Ce calcul met en évidence la différence économique majeure entre les deux technologies. Le coût d'une ligne souterraine inclut des travaux de génie civil (tranchées, remblaiement) beaucoup plus lourds et coûteux que la simple installation de pylônes pour une ligne aérienne.
Formule(s) utilisée(s) :
Donnée(s) :
- \(L = 15 \, \text{km}\)
- Coût aérien = \(300 \, 000 \, \text{€/km}\)
- Coût souterrain = \(1 \, 500 \, 000 \, \text{€/km}\)
Calcul(s) :
Points de vigilance :
Coût d'investissement (CAPEX) vs. Coût d'exploitation (OPEX) : Ce calcul ne reflète que le coût initial. Il ne tient pas compte des coûts sur la durée de vie de l'ouvrage : maintenance (plus facile en aérien), coût des pertes (légèrement plus faibles en souterrain), etc. Une analyse complète inclurait ces coûts d'exploitation.
Le saviez-vous ?
Question 3 : Puissance Réactive Capacitive
Principe :
Une ligne HTA se comporte comme un condensateur entre les conducteurs et la terre. Elle "génère" donc de la puissance réactive. Cette puissance, notée \(Q_C\), dépend de la capacité totale de la ligne (C), de la tension (U) et de la pulsation du réseau (\(\omega = 2\pi f\)).
Remarque Pédagogique :
Point Clé : La puissance capacitive est un "produit dérivé" de la ligne, qui existe même si aucun courant ne la traverse (à vide). En souterrain, les conducteurs sont très proches les uns des autres et de la terre, ce qui augmente énormément la capacité. Une trop grande production de puissance réactive peut faire monter la tension et perturber le réseau.
Formule(s) utilisée(s) :
Donnée(s) :
- \(L = 15 \, \text{km}\), \(U = 63000 \, \text{V}\), \(f = 50 \, \text{Hz}\)
- Aérien : \(C = 10 \, \text{nF/km} = 10 \times 10^{-9} \, \text{F/km}\)
- Souterrain : \(C = 250 \, \text{nF/km} = 250 \times 10^{-9} \, \text{F/km}\)
Calcul(s) :
D'abord, on calcule \(\omega = 2 \times \pi \times 50 \approx 314.16 \, \text{rad/s}\).
Points de vigilance :
Gestion de la puissance réactive : La forte production de puissance réactive du câble souterrain (4.67 MVAR, soit près de 10% de la puissance transitée) n'est pas anodine. Elle doit être compensée par des équipements spécifiques (bobines d'inductance, ou "shunt reactors") pour éviter une surtension sur le réseau, ce qui représente un coût supplémentaire.
Le saviez-vous ?
Question 4 : Pertes Actives par Effet Joule
Principe :
Les pertes par effet Joule représentent l'énergie dissipée sous forme de chaleur lorsque le courant traverse la résistance du câble. Elles sont proportionnelles au carré du courant et à la résistance totale de la ligne.
Remarque Pédagogique :
Point Clé : Ces pertes représentent un gaspillage d'énergie et un coût d'exploitation pour le gestionnaire de réseau. On cherche toujours à les minimiser. C'est la raison principale pour laquelle on transporte l'électricité à très haute tension : pour une même puissance, augmenter la tension permet de diminuer le courant, et donc de réduire très fortement les pertes (qui varient avec \(I^2\)).
Formule(s) utilisée(s) :
Donnée(s) :
- \(I = 458.2 \, \text{A}\)
- \(L = 15 \, \text{km}\)
- Aérien : \(R = 0.11 \, \Omega\text{/km}\)
- Souterrain : \(R = 0.09 \, \Omega\text{/km}\)
Calcul(s) :
Points de vigilance :
Le facteur 3 en triphasé : Dans un système triphasé, la puissance totale est la somme des puissances sur les trois phases. Comme le courant I est le courant par phase, il faut bien multiplier la perte d'une phase (\(R \cdot I^2\)) par 3 pour obtenir la perte totale de la ligne.
Le saviez-vous ?
Simulation Comparative des Technologies
Faites varier la longueur de la ligne et la puissance à transiter pour comparer en direct les coûts, les pertes et la production de puissance réactive des deux solutions.
Paramètres du Projet
Comparaison Aérien vs. Souterrain
Pour Aller Plus Loin : Les Lignes à Courant Continu (HVDC)
Une troisième voie : Pour les très longues distances (plusieurs centaines de km) ou pour les liaisons sous-marines, une troisième technologie existe : le courant continu haute tension (HVDC). Les lignes HVDC n'ont pas de problème de puissance réactive capacitive, ce qui est un avantage majeur pour les longs câbles sous-marins. Elles ont aussi des pertes en ligne plus faibles. En revanche, elles nécessitent des stations de conversion (redresseur à l'entrée, onduleur à la sortie) très coûteuses, ce qui les rend non rentables pour des liaisons courtes comme celle de notre exercice.
Le Saviez-Vous ?
En France, environ 90% du réseau de transport d'électricité (géré par RTE) est aérien. Cependant, la quasi-totalité des nouvelles lignes HTA (distribution) construites aujourd'hui en zone péri-urbaine ou rurale sensible sont réalisées en souterrain pour des raisons d'acceptabilité sociétale, malgré le surcoût important.
Foire Aux Questions (FAQ)
La maintenance est-elle plus simple en aérien ou en souterrain ?
C'est un compromis. Une ligne aérienne est plus vulnérable aux aléas (tempêtes, chutes d'arbres) mais les défauts sont généralement visibles et plus rapides à réparer. Un câble souterrain est très fiable et protégé des intempéries, mais en cas de défaut (par exemple, un coup de pelleteuse), la localisation de la panne et sa réparation sont des opérations très longues et complexes, nécessitant des travaux de génie civil importants.
Pourquoi la résistance du câble souterrain est-elle plus faible ?
Pour une même puissance à transporter, les câbles souterrains ont généralement une section de conducteur plus grande que les lignes aériennes. En effet, un câble enterré dissipe moins bien la chaleur qu'un conducteur à l'air libre. Pour limiter l'échauffement, on augmente sa section, ce qui a pour effet bénéfique de diminuer sa résistance (R est inversement proportionnel à S).
Quiz Final : Testez vos connaissances
1. Quel est le principal inconvénient technique d'une longue ligne souterraine en courant alternatif ?
2. Pour réduire les pertes par effet Joule dans une ligne, la solution la plus efficace est de :
Glossaire
- Puissance Apparente (S)
- Puissance "totale" qui circule sur la ligne, tenant compte de la puissance active (utile) et réactive. Se mesure en Voltampères (VA).
- Puissance Réactive (Q)
- Puissance "magnétisante" nécessaire au fonctionnement des moteurs et transformateurs (inductive) ou générée par l'effet capacitif des lignes. Se mesure en Voltampères Réactifs (VAR).
- Pertes Actives (Pj)
- Aussi appelées pertes Joule, c'est la puissance dissipée en chaleur par la résistance des conducteurs. C'est une perte d'énergie nette.
- Capacité (C)
- Propriété d'un circuit à stocker de l'énergie dans un champ électrique. Une ligne forme un condensateur avec la terre. Se mesure en Farads (F).
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